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Patrimoine : l’écart entre riches et pauvres s’est creusé depuis les années 1980 en France

Selon le rapport 2022 du Laboratoire sur les inégalités mondiales, les écarts de revenus se sont creusés à partir des années 1980 en France et 10% des ménages les plus aisés concentrent près de 60% de la richesse totale.

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Crédit : iStock.

Finalement, les disparités entre les citoyens français en termes de revenu sont relativement modérées. C’est le premier constat dressé par le Laboratoire sur les inégalités mondiales, qui publie son rapport 2022 le 7 décembre et révèle les inégalités en France depuis le XIXe siècle. Ainsi, les 10% des ménages les plus aisés touchent 123.610 euros par an en moyenne, soit sept fois plus que les 50% des ménages les plus pauvres, qui touchent 17.430 euros. C’est déjà beaucoup, mais c’est moins que chez nos voisins britanniques : 10% des plus riches y gagnent 8,8 fois plus que les 50% les moins riches, relève Le Monde. En Allemagne, c’est dix fois plus, et aux Etats-Unis, 17 fois plus. 

Les inégalités se sont réduites depuis le début du XXe siècle, quand elles étaient bien plus élevées. En effet, 10% des plus riches captaient plus de la moitié des revenus générés dans le pays, alors que la proportion est de 32,2% aujourd’hui, relève Le Monde. A l’inverse, la moitié des personnes qui avaient le moins d’argent ne percevaient que 13,4% des revenus au début du XXe siècle, alors qu’elles récoltent 22,7% des revenus en 2022. 

« Tournant de la rigueur » dans les années 1980

Mais dans les années 1980, l’écart s’est à nouveau creusé, relève le rapport. Le premier quinquennat de François Mitterrand a été marqué par un « tournant de la rigueur ». Les salaires ont été désindexés de l’inflation, le chômage a augmenté et les écarts de revenus se sont creusés avec les dérégulations, notamment du patrimoine. Selon le rapport, les 10% des ménages les plus aisés concentrent à eux seuls 60% de la richesse totale aujourd’hui. En revanche, 50% des moins aisés concentrent à peine plus de 5%. « C’est un niveau d’inégalité de patrimoine inférieur à ceux observés en Chine et aux Etats-Unis, mais proche de celui du Royaume-Uni », écrivent les auteurs. 

A la mi-novembre, l’Institut des politiques publiques (IPP) avait publié une étude évoquant les mesures prises lors de la crise sanitaire et celles engagées pendant tout le quinquennat d’Emmanuel Macron. Ainsi, les actions engagées par l’exécutif auraient plus profité aux riches, souligne Le Monde. Le remplacement de l’impôt sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière en fait partie. Grâce aux décisions prises entre 2017 et 2022, les 1% des Français les plus aisés auraient gagné 3.500 euros en moyenne par an selon l’IPP. Les ménages les plus modestes n’auraient rien gagné.

Cinq tonnes de CO2 par an

Par ailleurs, le rapport 2022 du Laboratoire sur les inégalités mondiales évoque les inégalités hommes-femmes, encore présentes en France. Alors que les femmes représentent plus de la moitié de la population (52%), elles ne captent que 41% des revenus du travail. La progression est lente depuis les années 1990, avec seulement cinq points supplémentaires. C’est tout de même plus que la moyenne des pays d’Europe de l’Ouest, à 38%. 

Autre facteur étudié par le Laboratoire sur les inégalités mondiales, les émissions de gaz à effet de serre émis par les plus riches. Ainsi, les 10% des plus aisés émettent 25 tonnes de CO2 par personne et par an, et c’est 18% de plus qu’il y a trente ans, relève le quotidien. A l’inverse, 50% des plus pauvres ont réduit de 29% leurs émissions de dioxyde de carbone depuis les années 1990, soit cinq tonnes par an aujourd’hui.