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Le pétrole pourrait-il dépasser les 200 dollars ?

Plusieurs spécialistes estiment très probable un baril de pétrole à plus de 200 dollars d’ici la fin de l’année. Plus du double du niveau observé en 2021.

« Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! Nous n’allons pas revenir à la normale dans quelques mois. Je pense que l’offre de pétrole russe pour l’Europe est perdue pour de bon. ». Ces propos sonnent comme une alerte. Relayés par Les Échos, ils proviennent de l’homme d’affaires Pierre Andurand, qui était invité cette semaine à une table ronde lors du sommet sur les matières premières organisé par le Financial Times. À la tête d’un hedge fund spécialisé dans le marché pétrolier, le Français estime plus que probable un baril à plus de 200 dollars d’ici fin 2022. Un pic à 250 dollars n’est pas à exclure.

Une évaluation partagée par Doug King, responsable du fonds matières premières de RCMA. Selon lui, le pétrole devrait finir l’année entre 200 et 250 dollars. « Ce n’est pas temporaire. On va vers un choc d’offre de brut ! » a-t-il affirmé. De même, Alok Sinha, responsable mondial de la recherche sur le pétrole pour Standard Chartered, s’attend à ce que la situation se prolonge, mais l’analyste revoit à la baisse un possible pic autour de 175 dollars.

Un remplacement difficile des barils russes

Ben Luckock, responsable du trading pétrole pour le négociant Trafigura, reste mesuré sur la question. Il prévoit un pétrole à « seulement » 150 dollars cet été. Si cette prévision est plus basse, elle représente près du double du niveau observé en 2021. Le pétrole devrait poursuivre son ascension.

Cette progression en hausse s’explique en partie par le difficile remplacement des barils russes. Selon les estimations, le secteur du schiste américain nécessite 12 à 18 mois pour augmenter sa production de brut. Mais « les contrats à terme pour livraison en 2023 ne cotent qu’à environ 80 dollars, ce qui n’est pas assez incitatif », explique Doug King.

Autre explication : la reconfiguration des flux, plus complexe qu’il n’y paraît. « La Chine et l’Inde peuvent acheter une partie du pétrole russe, mais pas la totalité » pour des raisons logistiques, analyse Pierre Andurand. La taille des bateaux n’est pas toujours adaptée aux différents ports et routes maritimes d’Asie, et la qualité du pétrole russe ne correspond pas toujours aux besoins des raffineries asiatiques.

Maintien de la demande globale

Depuis de longues années, les pays asiatiques ont construit des partenariats solides avec les producteurs du Golfe. « La Chine et l’Inde ne vont pas casser leurs relations avec ces pays » pour acheter le pétrole russe dont les Européens ne veulent plus , explique Alok Sinha.

Enfin, même si les prix à la pompe à la hausse entraînent une « destruction de la demande » chez les consommateurs, la demande globale devrait se maintenir. Avec la pandémie et la crise du fret maritime, industriels et Etats ont compris l’importance de constituer des stocks. « Les achats pour remplir les réserves vont se poursuivre pendant plusieurs mois encore », estime Doug King.