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Trenitalia : un passe-droit qui se heurte à la colère des cheminots français

Trenitalia va pouvoir bénéficier de remises substantielles sur le prix des péages. La première année, elle sera de 37%. La SNCF parle d’un devoir « d’accompagnement ».

Trenitalia
Crédit: iStock.

Trenitalia peut remercier la SNCF. La compagnie ferroviaire française a décidé d’accorder des réductions aux compagnies concurrentes pour faciliter leur installation, rapporte Le Parisien. En effet, plusieurs sources évoquent des remises substantielles sur le prix des péages notamment pour Trenitalia. La première année, la remise sera de 37%, la seconde de 16% et la troisième de 8%. « En voyant ces chiffres, je n’y ai pas cru, raconte un cadre de la compagnie. Quand on sait qu’en moyenne le prix des péages contribue à 30% à 40% du prix du billet, c’est un joli cadeau qui est fait à Trenitalia. »

Ces péages, pris en charge par les compagnies telles que la SNCF, Eurostar ou Trenitalia, servent à financer SNCF Réseau, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires. « Ils sont composés de trois redevances principales, détaille un cadre de réseau : la redevance d’accès, la redevance de circulation et celle de marché. C’est sur cette dernière, la plus importante, qui est la plus facile à bidouiller, que vont porter les réductions. Légalement, SNCF Réseau, sous le contrôle de l’ART (l’Autorité de régulation des transports) peut proposer une tarification différenciée à la concurrence. Ce qui surprend, c’est son niveau. »

À noter que Trenitalia avait déjà la possibilité de profiter de 10% de remise sur les péages des lignes à grande vitesse. Pourquoi augmenter encore cette aide ? « SNCF Réseau fait du zèle, croit savoir une autre source. Elle craint que les compagnies étrangères contestent son indépendance vis-à-vis de SNCF Voyages auprès de l’ART ou de l’autorité de la concurrence. »

Un devoir « d’accompagnement » et « d’équité »

De son côté, SNCF Réseau met en avant un devoir « d’accompagnement » et « d’équité » de tous les clients extérieurs à la SNCF comme ceux à l’intérieur de la société. « La tarification différenciée est là pour aider à concrétiser l’ouverture du marché voyageur », insiste Isabelle Delon, la directrice générale adjointe Clients et Services. Une aide au développement insuffisante pour Trenitalia qui aurait demandé une remise plus importante. « Mais ce qu’elle a obtenu, est déjà important. Il s’agit de plusieurs millions d’euros. »

Une décision qui n’est pas du goût de tous les employés. « On maintient artificiellement la concurrence sous perfusion alors qu’on sait que ses trains simples, contrairement à ceux à double étage de la SNCF, ne sont pas aussi rentables », regrette un cheminot. « Il y a rupture d’équité entre la SNCF et les autres compagnies, précise un autre. Où est la concurrence juste et non faussée quand vous faites de tels cadeaux ? Trenitalia, ce n’est pas la PME du coin. C’est facile de dire que nos billets sont chers quand nos concurrents ne sont pas soumis aux mêmes coûts. »

Ces péages bradés viennent s’ajouter à d’autres contraintes qui plombent la compétitivité de l’opérateur historique. C’est notamment le cas du fond de concours. Chaque année, pour financer le réseau, SNCF Voyageurs lui verse 60% de ses bénéfices. « On marche sur la tête, tempête une autre source. Avec ce fond de concours, on finance des projets, comme le RER EOLE, où les velléités de confier son exploitation au privé sont très fortes. »

« Une pression monstrueuse de Bercy »

SNCF Réseau éveille les soupçons chez certains cheminots. Pour eux, Trenitalia bénéficierait de créneaux avantageux, ceux du matin et du soir, autorisant l’aller-retour Paris-Lyon dans la journée. Selon un haut cadre, « il y a une pression monstrueuse de Bercy sur la direction pour que la concurrence soit ouverte au maximum avec l’idée que plus il y aura de trains, plus ça rapportera d’argent. Mais la réalité, c’est que les voyageurs d’affaires ne sont plus là, que cette politique, c’est moins d’argent pour Réseau, pour Voyages et pour le fond de concours. On plombe la SNCF et on n’impose pas les mêmes contraintes aux concurrents. Est-ce qu’on leur demande de faire de l’aménagement du territoire et de desservir les petites gares TGV non rentables ? »

Contacté par Le Parisien, Trenitalia précise qu’« il s’agit d’une aide transitoire cadrée par la loi, à laquelle tous les nouveaux opérateurs peuvent postuler dans le cadre d’un nouveau service ». La polémique n’est pas près de s’arrêter. Récemment, un rapport sénatorial avait dénoncé un modèle déclinant. « Le sujet est majeur et pourtant, il est absent du débat de la présidentielle », affirme un haut cadre.