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Prix de l’énergie : et si on se tournait (enfin) vers l’éolien et le solaire ?

Ce phénomène peut d’abord s’expliquer au regard de la récente flambée des prix de l’énergie. Explications.

Prix de l'énergie
Crédit : iStock.

L’éolien a le vent en poupe, et profite de la hausse des prix de l’énergie. C’est en tout cas le constat qui peut être fait au regard des prévisions pour 2022, année durant laquelle cette énergie verte devrait rapporter 3,7 milliards d’euros à l’Etat. Une somme qui monte à 5 milliards si l’on y inclut l’argent initialement budgété qui ne sera finalement pas dépensé, détaille La Croix mercredi 13 avril. Si l’on y ajoute les autres énergies renouvelables, le gain pour les finances publiques pourrait représenter 11 milliards d’euros. Et en particulier le photovoltaïque qui, sur 2021 et 2022, atteindrait 14,4 milliards d’euros, selon France énergie éolienne (FEE), le syndicat des professionnels du secteur. « Les renouvelables représentent un puissant levier de protection du pouvoir d’achat des ménages », affirme la présidente du syndicat, Anne-Catherine de Tourtier.

Comment expliquer ce phénomène ? D’abord en observant l’explosion des prix de l’énergie. En effet, si la plupart des énergies non-renouvelables ont flambé, les contrats d’énergies renouvelables sont assujettis à des tarifs de rachat signés pour quinze ou vingt ans. A titre d’exemple, au niveau de l’éolien, pour les contrats signés avant 2017, EDF est contraint à racheter le contrat aux alentours de 90 €/MWh en moyenne. Longtemps, l’entreprise revendait le mégawatt-heure à un prix moindre sur le marché, en raison de prix plus bas.

Le prix de l’énergie, enjeu majeur de l’entre-deux tours

Et ce sont les abonnés et les contribuables qui ont trinqué. Désormais, l’inverse s’opère : grâce à des bénéfices réalisés sur ce mécanisme d’obligation, EDF peut les reverser à l’Etat. Aujourd’hui, le système en place produit le même résultat. Lors de l’appel d’offres est fixé un « prix cible ». Le producteur reçoit une rémunération complémentaire de la part de l’Etat quand le prix de marché est inférieur. Lorsqu’il y est supérieur, comme aujourd’hui, il paie une créance à la puissance publique.

Fin 2024, les prix de l’électricité avoisineront probablement davantage les 110 €/MWh et « la filière éolienne aura remboursé tout ce qu’elle a perçu depuis 2003, soit 11 milliards d’euros », explique Michel Gioria, délégué général de FEE. Fin 2022, un tiers du chemin devrait être effectué.

Cette question est importante, d’autant plus à l’heure de l’entre-deux tours de la présidentielle. La candidate du du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, souhaite abolir l’éolien terrestre alors qu’Emmanuel Macron, le président sortant de La République en Marche (LREM) a la volonté d’implanter un nombre inférieur de machines par rapport à ce qui était prévu, afin de ne pas détériorer les paysages. Alors que l’objectif visait à atteindre 30 GW de capacités installées en 2030 (18,7 GW fin 2021), l’échéance a été repoussée à 2050. « Arrêtons de dire que nous sommes subventionnés. C’est grâce aux énergies renouvelables que l’on a pu limiter à 4 % l’augmentation de la facture d’électricité des Français, mais ils ne le savent pas », s’insurge Jean-Yves Grandidier, PDG de Valorem et un des pionniers du secteur.

Les éoliennes sont mal-aimées

Pour les opposants à l’éolien, il s’agit d’une « gabegie financière » au sujet d’une énergie qui n’a couvert que 7,8 % des besoins en 2021, au regard de son intermittence. « Chaque nouvelle machine installée représente un coût, notamment en frais de raccordement au réseau », affirme Jean-Louis Butré, président de la puissante Fédération environnement durable (FED). Il prend position contre « l’opacité » de la filière et souligne que la Cour des comptes travaille actuellement sur le sujet.

Outre le coût, ce sont les populations réfractaires qui ralentissent l’extension du parc éolien. Ils dénoncent une détérioration du paysage et une dévaluation de leur patrimoine immobilier, alors que les machines peuvent atteindre 235 mètres de haut. Pour les professionnels du secteur, la transition énergétique ne se fera pas sans l’éolien. Alors que des pénuries d’électricité se profilent pour l’hiver prochain, pour de multiples raisons, ils se déclarent être en capacité de raccorder rapidement 700 MW supplémentaires par rapport à ce qui était prévu.