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La dette française exposée à la hausse des taux

Si les taux progressent, le service de la dette réagit en proportion du stock de dette, et le déficit augmente. Pour l’heure, les taux restent bas.

secteur privé
Crédit: iStock.

Une mauvaise nouvelle pour la dette. Depuis début 2022, le rendement des obligations françaises à 10 ans, qui sert de taux de référence, est passé de 0,20 % à 1,39 %, rapporte le quotidien Les Echos. Au plus haut niveau depuis fin 2014. Les raisons principales ? La flambée de l’inflation en Europe et outre-Atlantique, ainsi que des politiques plus fermes de la part des banques centrales.

L’ensemble des dettes d’Etat sont touchées. La France affiche un fort endettement de plus de 2.100 milliards d’euros à la sortie de la crise de la Covid. Fin 2021, il représentait l’équivalent de 113 % du produit intérieur brut. C’était seulement 97,4 % en 2019. En revanche, le déficit public a réussi à se redresser légèrement, à hauteur de 6,5 %.

« Pour l’instant, la situation n’est pas vraiment alarmante, avant tout parce que l’augmentation de la dette s’est accompagnée d’une baisse des taux », précise Stéphane Déo, responsable de la stratégie de marché chez Ostrum. Par conséquent, ce que l’on appelle le service de la dette, à savoir les montants consacrés au paiement des intérêts et aux remboursements, a été divisé par près de deux en une décennie. Il est passé de 50,4 milliards d’euros en 2010 à 26,1 milliards en 2021. Soit 0,7 % du PIB selon Ostrum.

Un déficit à réduire d’urgence

Reste à espérer que les taux ne remontent pas. « Lorsqu’une dette est élevée, la trajectoire future de cette dette dépend énormément du niveau des taux, prévient Stéphane Déo. S’ils progressent, le service de la dette réagit en proportion du stock de dette, et le déficit augmente. » Pour l’heure, les taux restent bas.

Lors de la présentation de la loi de finances pour 2022, l’Agence France Trésor (AFT), qui gère et place la dette de l’Etat sur les marchés, avait pris comme hypothèse un taux à 10 ans atteignant 0,75 % en fin d’année. Un niveau dépassé depuis. Mais, un choc de taux de 100 points de base (soit un taux à 10 ans à 1,75 %) aurait dans la première année des effets limités sur le service de la dette, de l’ordre de 2,5 milliards d’euros.

En revanche, sur le long terme : « Une augmentation pérenne de 100 points de base du taux à 10 ans français se traduit par une augmentation de la charge de la dette de 150 milliards d’euros en cumulé d’ici à 2030 », indiquent Ombretta Signori et Romain Faquet chez Aviva Investors France. Ils préviennent également « qu’un 10 ans français » s’établissant durablement autour de 2,5 % constituerait un « seuil d’alerte ».

Pour les économistes, il sera nécessaire pour la France de prendre, dès le début du quinquennat, des mesures permettant de réduire progressivement son déficit. Avec, à la clé, une possible dégradation de sa note, qui pourrait faire grimper encore ses coûts d’emprunt.