Se connecter S’abonner

Acompte sur salaire : un remède au lieu d’un emprunt ou d’un découvert ?

Depuis plusieurs mois, quelques start-up essaient de mettre en avant le versement anticipé auprès des entreprises afin que celui-ci soit immédiat et plus accessible pour le salarié.

Acompte sur salaire
Crédit : iStock.

Demander un acompte sur salaire à votre employeur, soit le versement anticipé de la rémunération mensuelle est un droit auquel peuvent prétendre les salariés. Mais pour l’obtenir, c’est un peu la croix et la bannière, même si la demande n’a pas besoin d’être motivée. Pourtant, il pourrait bien s’agir d’une des clés pouvant solutionner les problèmes financiers des salariés Français, sans qu’ils n’aient à souscrire à un prêt à la consommation ou creuser leur découvert. Pour qu’elle soit acceptée, il faut en faire la demande à compter du 15 du mois. Et vous ne pourrez demander que la moitié de votre rémunération, précise Le Parisien. Pour une première demande, l’employeur est tenu de répondre positivement à la demande du salarié. En revanche, il est en mesure de refuser le bénéfice de la seconde.

Face à ces observations, quelques start-up essaient, depuis plusieurs mois, de mettre en avant ce dispositif. Elles proposent des solutions aux entreprises afin que le versement anticipé soit immédiat et plus accessible pour le salarié. « Nous apportons de la souplesse au système de rémunération, qui est déséquilibré puisque les salariés doivent attendre la fin du mois avant de toucher leur rémunération », explique Louis Ajacques, cofondateur de Spayr, une application de « salaire fractionné » dit-il. Il précise : « Au moindre imprévu, les solutions étaient jusqu’ici le découvert bancaire ou le crédit à la consommation. »

L’acompte sur salaire, un outil anti-inflation ?

Selon Yann Le Floc’h, cofondateur de Stairwage, il s’agit même d’un « outil anti-inflation ». « Car un salarié préserve son pouvoir d’achat quand il évite les agios d’un découvert ou les forts taux d’intérêt d’un prêt à la consommation », souligne-t-il. Dans le détail, les entreprises qui signent un contrat avec l’une de ces start-up (outre les deux précédemment citées, on peut aussi évoquer Rosaly et Salto) et les salariés qui en émettent le souhait, pourront demander un acompte sur salaire via une application. Et ils pourront même le faire dès le début du mois. Le service, payé par les entreprises, permettra à ces dernières de choisir le nombre d’acomptes possibles, ainsi que le pourcentage que les salariés peuvent retirer. « L’objectif, c’est qu’un salarié qui était à découvert régulièrement ne le soit plus. On lui donne une flexibilité et une sécurité sur son revenu », décrypte Kevin Ansiau, à la tête de Salto.

Mais n’y a-t-il pas un effet pervers à populariser ce dispositif ? Encourager le fait de vivre au-dessus de ses moyens par exemple. La réponse est plutôt négative, au regard des statistiques établies par les différents acteurs du marché. « Avant, les gens demandaient 50 % de leur salaire au service du personnel car ils savaient que ça allait prendre du temps, analyse la patronne de Rosaly, Arbia Smiti. « Là, c’est immédiat et flexible : on est ainsi passé d’un acompte par mois et par utilisateur à plus de trois. Mais on a divisé par plus de deux le montant demandé chaque mois. » Résultat, lorsqu’il est demandé, l’acompte représente « 10 à 13 % du salaire mensuel chez Rosaly », ajoute-t-elle.

Le bénéfice agit également en faveur des entreprises. Celles qui l’adoptent, en particulier dans la restauration, les services à la personne et du commerce de détail peuvent ainsi en faire un argument de recrutement, dans ces secteurs où il est de plus en plus difficile de trouver de la main d’œuvre. « Nos clients le mentionnent même sur leurs offres d’emploi », explique-t-on du côté de chez Stairwage. Malgré tous ces avantages, les entreprises restent frileuses face à ce dispositif qui pourrait pourtant bénéficier aux deux parties engagées. « Un salarié qui stresse financièrement est obnubilé par sa situation et cela a des conséquences néfastes sur l’entreprise », conclut Yann Le Floc’h.