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Inflation : le casse-tête des entreprises pour les négociations salariales

La crise russe est venue accentuer les problèmes logistiques mondiaux. Et les entreprises se retrouvent souvent sans marge de manœuvre financière pour contenter leurs effectifs. L’inflation pèse également.

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Crédit: iStock.

Entre les chiffres de l’inflation qui grimpent, les multiples hausses du SMIC et la réindexation des retraites sur l’inflation, les responsables des ressources humaines vivent des semaines compliquées. Sans compter la hausse permanente des prix. « Dans les rangs, la tension monte sérieusement. Le personnel constate la hausse des prix tous les jours, au supermarché ou à la station-service. Le problème, c’est que mes coûts d’approvisionnement et de fonctionnement s’envolent, et que la demande à moyen terme est assez obscure », affirme le dirigeant d’une petite entreprise industrielle auprès des Echos.

« Les employeurs ont le pied sur le frein tout en considérant qu’ils n’auront d’autre choix que de desserrer un peu les contraintes sur les rémunérations, déclare Gabriel Artero, le président de la fédération de la Métallurgie CFE-CGC. Les attentes sont particulièrement fortes dans les ‘classes moyennes’ des entreprises, qui mesurent l’inflation dans leurs courses du quotidien et qui peuvent se sentir les oubliés du système ».

Une moyenne d’augmentation à hauteur de 3,25 %

Ces dernières semaines, plusieurs groupes ont déjà eu recours aux augmentations générales. C’est le cas d’Airbus. Le groupe a accordé une « AG » pour la première fois depuis des années. Une nouvelle augmentation est même prévue l’année prochaine. Amazon France a également accordé 3,5 % d’augmentation, MBDA 4,1 %, Thales 3,8 %… Selon une enquête de la CFE-CGC menée auprès de 58 acteurs de l’aéronautique, la moyenne d’augmentation est de 3,25 %… Longtemps, les augmentations individuelles ont primé, mais ce n’est plus le cas. « 4 ou 5 % d’inflation, cela laisse la place aux deux », assure un dirigeant.

D’autres entreprises, dont les perspectives sont moins évidentes, préfèrent se passer d’augmentation générale. Elles envisagent de temporiser jusqu’à la prochaine négociation annuelle obligatoire, l’hiver prochain. Elles pourront s’appuyer sur les avantages en nature, l’intéressement, la participation ou les primes Macron. « Etant donné la situation, il faut faire quelque chose, affirme un grand industriel. Mais c’est compliqué d’augmenter tout le monde de façon indifférenciée. Il faut rester compétitif par rapport à nos concurrents européens. »

Aujourd’hui, les entreprises souhaitent fixer un cap soutenable. « Alors qu’elles avaient pris l’habitude d’évoluer avec un large package de rémunération, l’accent est mis aujourd’hui sur la ligne salaire de la fiche de paye, même si un effort a été fait l’hiver dernier, avec le plus gros budget NAO des dix dernières années, analyse Marie Bouny, l’une des responsables de LHH, un cabinet de conseil RH. La seule question qui vaille réellement aujourd’hui, c’est quand revaloriser les salaires », ajoute la spécialiste.

Une crise russe perturbatrice

Après la pandémie mondiale, la crise russe est venue accentuer les problèmes logistiques mondiaux. Et les entreprises se retrouvent souvent sans marge de manœuvre financière pour contenter leurs effectifs et agir avant l’hiver prochain. De plus, il est difficile d’anticiper la hausse de l’inflation d’ici à la fin de l’année.

« Nous sommes en ce moment en phase d’ajustement, explique Alexandre Saubot, le président de France Industrie. Aujourd’hui, il faut s’adapter à la hausse des prix et on tâtonne un peu pour trouver le point d’équilibre. Ne faisons pas de procès par anticipation contre les industriels. Tous ceux qui le peuvent préserveront le pouvoir d’achat de leurs salariés. Il faudra faire le bilan en fin d’année. »