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Sécheresse : la production de moules à l’arrêt

Pour rappel, la commercialisation des moules ne peut se faire que si elles atteignent une taille de quatre centimètres. Et la sécheresse freine ce résultat.

sécheresse

Il aura fallu attendre un mois de plus avant que les moules de bouchot AOP du Mont-Saint-Michel arrivent sur les marchés. La sécheresse, qui a aussi freiné la récolte des fruits et des légumes, les a empêchées de grossir suffisamment dès le début de l’année. Pour rappel, leur commercialisation peut se faire si elles atteignent obligatoirement une taille de 4 cm, indique Le Parisien

« C’était vraiment la galère pour proposer des moules de la baie du Mont en juillet. On a réussi à en trouver quand même mais moins que ce qu’on avait commandé initialement, explique Sylvie Chistrel, patronne d’une poissonnerie à Cherrueix (Ille-et-Vilaine). Or c’est vraiment notre produit phare ici en été. Les gens attendent les premières moules avec impatience. »

Pour Michelle, 68 ans : « C’est la première fois qu’on a du mal à trouver de vraies moules du Mont en été. Début juillet, j’en demandais à mon poissonnier toutes les semaines. Et il me disait invariablement : Peut-être la semaine prochaine… Et il a finalement fallu attendre ces jours-ci pour en avoir dans de bonnes conditions. Franchement ce n’est pas rassurant. »

Les côtes normandes et bretonnes touchées

L’ensemble des côtes normandes et bretonnes est touché par des problèmes de production. « Il n’y a quasiment pas eu de pluie depuis le printemps. Or ce sont les eaux de ruissellement qui amènent à la mer les sels minéraux essentiels pour le plancton et la nourriture des petites moules. Résultat : les moules que l’on commercialise normalement mi-juillet n’avaient pas la taille requise. Or, on ne peut absolument pas intervenir. On est donc vulnérables, totalement dépendants de la nature », analyse Loïc Maine, mytiliculteur à Bricqueville-sur-Mer (Manche). Cette année, sa perte pourrait atteindre 20 % de la production totale.

« Nous sommes victimes de la prolifération de plusieurs espèces de prédateurs, notamment l’araignée de mer, qui ravagent nos productions », décrypte Sylvain Cornée, président du Comité régional de la conchyliculture Bretagne Nord. Cette prolifération récente est attribuable au réchauffement des eaux et donc au dérèglement climatique. « L’administration ne fait rien pour endiguer ça. On n’est pas entendus alors qu’on subit des pertes considérables sans rien pouvoir faire, poursuit-il. Il faut quand même se rendre compte que cette année, les producteurs du Mont-Saint-Michel, bénéficiant de l’AOP, ont décidé eux-mêmes par deux fois de repousser la date de commercialisation. Je n’avais jamais vu ça ! »

Autant dire que le manque d’eau douce, conjugué à cette prolifération, frappe durablement le secteur, certains producteurs déplorant déjà une perte de pas moins d’un tiers de leur chiffre d’affaires ! Les mois qui viennent pourront-ils permettre de rattraper la saison ? « Ça, c’est la nature qui décidera », tranche, fataliste, Sylvain Cornée. « C’est déjà une situation difficile, mais le plus grave, c’est surtout que ça se généralise, déplore également la patronne de la poissonnerie. C’est de plus en plus compliqué de s’approvisionner. Que ce soit en coquillages ou même en poissons, on n’avait jamais connu ça. »