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Economies d’énergie : audit, coûts… prenez les bonnes décisions

Quatre conseils pour réussir les travaux d’amélioration de la performance énergétique de votre logement.

rénovation énergétique
Crédit : iStock.

Améliorer la performance énergétique de votre logement afin de faire baisser votre facture d’énergie est loin d’être anodin. D’abord, cela implique un budget non négligeable. Si vous décidez d’isoler votre maison et de changer votre système de chauffage, le coût atteindra plusieurs dizaines de milliers d’euros. En sachant que même en cumulant les subventions, vous n’obtiendrez jamais une prise en charge à 100 %. Si vous ne pouvez assumer ce reste financier, il faudra soit piocher dans votre épargne, soit souscrire un prêt. Hors éco-PTZ, il s’agit de prêt travaux dont les taux sont élevés. Pour 30 000 empruntés sur soixante-douze mois, par exemple, il faut rembourser 474 euros mensuels (chiffres à début octobre). Théoriquement, les économies générées couvriront les mensualités. En outre, avant d’obtenir les subventions, il faudra engager les dépenses (même s’il est possible de demander une avance sous conditions de ressources).
Ensuite, la complexité est au rendez-vous ! Difficile notamment de s’y retrouver dans le maquis des aides. Les deux principales, MaPrimeRénov’ et les certificats d’économies d’énergie (CEE), aussi appelés primes d’énergie, sont sans cesse remaniées au gré des orientations (et des volte-face) de l’Etat. Sans compter les arnaques ou mésaventures nombreuses dans un secteur qui attire des professionnels sans scrupules, alléchés par la manne des primes publiques. Voici quatre points essentiels à considérer avant toute action.

Réaliser un audit énergétique

Préalable indispensable, même si vous n’engagez pas une rénovation totale, cette étape vous permettra de chiffrer votre consommation d’énergie et de déterminer les travaux prioritaires à engager. Au moins deux scénarios doivent être proposés selon les économies possibles et/ou visées : 35 % par exemple, pour le premier scénario de travaux a minima ; au moins 55 % d’économies et l’étiquette A ou B du DPE (diagnostic de performance énergétique) pour le second scénario. Le coût des différentes options sera indiqué. Le document recense aussi toutes les aides que vous allez pouvoir obtenir.


Pour faire établir cet audit, il faut passer par un professionnel certifié RGE (Reconnu garant de l’environnement). Vous en trouverez via l’annuaire de France Rénov, le guichet mis en place par les pouvoirs publics pour la rénovation énergétique (France-renov.gouv.fr/annuaire-rge). Ou encore via l’annuaire des organismes de certification des auditeurs comme OPQIBI (Opqibi.com). Autre piste : les plateformes en ligne qui vendent des prestations de rénovation énergétique aux particuliers. Mais attention alors à la pression commerciale (Selectra a ainsi reçu un carton rouge du Médiateur de l’énergie dans son dernier rapport). Comptez entre 500 et 1 200 euros en moyenne pour un audit selon la surface de votre logement et le prestataire, soit trois fois plus qu’un simple DPE. Mais vous pourrez obtenir une prise en charge via MaPrimeRénov’ (de 300 à 500 euros selon votre profil, à l’exclusion des ménages aisés). A noter : cet audit sera obligatoire l’année prochaine lors de la vente d’une passoire thermique (voir infographie ci-contre).

Prioriser les travaux

Pour faire baisser votre facture d’énergie, l’isolation thermique de votre logement est la priorité. Une maison de 100 mètres carrés, par exemple, mal isolée consommera en moyenne 13 650 kWh par an. Bien isolée, sa consommation passera à 9 350 kWh. Soit plus de 30 % en moins. Las, ce type de travaux n’a pas la cote. « Dans notre réseau, les chantiers d’isolation ont chuté de 80 % depuis un an, s’exclame Edouard Barthès, président du groupe EBS isolation et chauffage et président du Symbiote, le syndicat de la rénovation énergétique. L’Etat préfère envoyer des chèques énergie pour permettre aux ménages de payer leurs factures plutôt que de les aider à isoler leur logement pour consommer moins. C’est aberrant. » De plus, hors rénovation globale, les incitations publiques privilégient le chauffage, et notamment le bois dans un contexte de flambée des prix (voir page xx). « Il existe un effet d’aubaine des aides publiques, pointe Arthur Bernagaud, responsable de la rénovation énergétique chez Hellio. Le gouvernement a décidé d’accorder 1 000 euros jusqu’à la fin de l’année pour tout remplacement d’une chaudière fioul ou gaz par une équivalente biomasse ou une PAC. Résultat : les particuliers se sont précipités ! ».

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Ce bonus vient, en effet, gonfler le montant de MaPrimeRénov’ accordé aux chaudières à granulés et aux PAC (géothermique ou solarothermique) déjà parmi les plus généreux (11 000 euros pour un ménage très modeste par exemple). A contrario, les travaux d’isolation des murs, parmi les plus chers (voir page xx), sont de moins en moins subventionnés. Selon Hellio, le reste à charge est en très forte hausse : + 400 % pour les ménages précaires et + 81 % pour les modestes entre janvier 2021 et juillet 2022. Pour l’isolation des combles, le reste à charge a bondi de 1 200 à 3 395 euros, sur la même période, pour les foyers précaires et de 1 700 à 3 955 euros pour les modestes. En cause : la baisse des CEE. Le Coup de pouce spécifique, qui accordait une bonification de ces primes, a ainsi été supprimé cet été. Par ailleurs, MaPrimeRénov’ exclut certains travaux d’isolation comme les combles perdus ou les planchers bas. S’y rajoute le conflit russo-ukrainien qui a renchéri le prix des matériaux.
Dans l’idéal, pour engranger le maximum d’économies, il faudrait effectuer une rénovation globale (isolation, chauffage et ventilation). Mais le coût est prohibitif en dépit des aides. Selon Hellio, le reste à charge sur ce type d’opération peut atteindre 41 664 euros. Même en tenant compte du cumul désormais possible depuis le 1er juillet 2022 de MaPrimeRénov’ Sérénité (dispositif finançant des travaux permettant d’atteindre un gain énergétique d’au moins 35 %) et des CEE, les foyers modestes et très modestes doivent sortir de leur poche autour de… 35 000 euros. Si votre système de chauffage n’a pas besoin d’être changé (fin de vie ou panne irréparable), la meilleure option est d’isoler. Et si votre enveloppe est restreinte, mieux vaut privilégier le toit et les murs. A savoir : si vous faites partie de la catégorie des ménages aisés, c’est même les seuls travaux qui vous donneront droit à MaPrimeRénov’ (hors forfait rénovation globale) !

Boucler son financement

Hormis pour les ménages aisés, très peu subventionnés, tous les propriétaires occupants ou bailleurs peuvent toucher des aides. MaPrimeRénov’ et les CEE sont octroyés en fonction de vos revenus, de votre situation géographique (zone H1, H2, H3 pour les CEE) et des travaux effectués (voir MVVA n°xx p.xx). Le reste à charge est très variable, mais un ménage très modeste, par exemple, peut espérer couvrir au maximum jusqu’à 50 % de son enveloppe travaux (voir infographie). Pour financer la somme restante, il pourra se tourner jusqu’au 31 décembre 2023 vers l’éco-PTZ ou éco-prêt à taux zéro qui permet d’obtenir jusqu’à 30 000 euros (50 000 euros pour une rénovation globale) sur vingt ans au maximum.

Depuis le 1er juillet 2022, si vous êtes bénéficiaire de MaPrimeRénov’, les formalités de souscription sont simplifiées. Pour effectuer la demande et déclencher le versement du prêt, il suffit désormais d’envoyer la notification d’attribution de la prime à l’établissement prêteur sans avoir besoin de fournir le descriptif des travaux ni les devis associés. Pour autant, le nombre d’éco-PTZ distribués reste faible : 13 656 au total sur le premier trimestre 2022, selon les derniers chiffres de la SGFGAS (montant moyen du prêt de 12 527 euros). Faute de rentabilité pour elles, les banques rechignent encore à mettre en avant ce produit et nombre de ménages, notamment modestes, essuient des refus. Autre nouveauté : le prêt avance rénovation. Il finance les mêmes travaux que l’éco-PTZ. Il s’agit d’un prêt hypothécaire (la banque reçoit en gage le logement) qui sera remboursable en une fois au moment de la cession du bien (vente ou donation) ou au décès du souscripteur. Le hic : peu de banques le distribuent (La Banque Postale, CIC et Crédit Mutuel) et, contrairement à l’éco-PTZ, il n’est accessible que sous conditions de ressources.
Si vous prévoyez de ne changer que votre chaudière ou d’isoler les murs, dépêchez-vous d’effectuer votre demande d’aide ! L’année prochaine, le dispositif MaPrimeRénov’ ciblera davantage les bouquets de travaux et non plus les actes isolés. De plus, depuis le mois de septembre, certains acteurs ont revu à la hausse le montant des CEE, + 15 % par exemple chez Hellio.

S’informer et s’adresser au bon interlocuteur

Dès janvier 2023, se faire accompagner sera obligatoire dans le cadre de MaPrimeRénov’ Sérénité. Mais d’ores et déjà vous pouvez être aiguillé gratuitement par un conseiller France Rénov’ (0 808 800 700 ou guichets recensés sur France-renov.gouv.fr). Ce service public vous garantit un conseil neutre et gratuit pour vous aider à faire les bons choix. Vous pouvez vous informer également via des acteurs présents en régions et déployés par les collectivités locales ou en lien avec elles : Dorémi (Renovation-doremi.com), Effilogis pour la région Bourgogne Franche-Comté (Effilogis.fr), Oktave (Oktave.fr) pour la région Grand Est ou encore l’Arec (Rénov’Occitanie.laregion.fr). Une participation vous sera demandée. L’Arec, par exemple, facture 90 euros TTC l’audit énergétique et l’établissement du plan de financement et 480 euros TTC l’accompagnement des travaux (analyse des devis, assistance à la maîtrise d’ouvrage…).
Tous ces organismes vous orienteront vers des professionnels qualifiés RGE, un label obligatoire pour bénéficier des aides. Encore faut-il en trouver un ! Selon la plateforme spécialisée en rénovation énergétique Heero, seulement 3,8 % des sociétés du bâtiment sont labellisées RGE, soit environ 52 000 sur les 1,365 million présentes dans l’Hexagone. Surtout, elles se concentrent autour des grandes agglomérations délaissant les territoires ruraux et les zones périurbaines.
Dans tous les cas, ne signez qu’avec des artisans proches de votre lieu d’habitation et faites établir au moins trois devis par des entreprises différentes. Les prix sont libres et dans le contexte actuel, très spéculatif, certaines entreprises ont la main lourde. Méfiez-vous des offres trop alléchantes et laissez-vous le temps de la réflexion.