Se connecter S’abonner

CPF : le budget raboté par l’Etat

A l’avenir, il n’est pas impossible que ceux qui souhaitent utiliser leur CPF pour se former doivent payer un reste à charge. Explications.

CPF
Crédit : iStock.

Coup dur pour le compte personnel de formation, communément appelé CPF. En effet, la dotation qui lui sera allouée va baisser de 385 millions d’euros par rapport à cette année, selon Les Echos, qui ont pu consulter le projet prévisionnel pour 2023. Plus précisément, c’est une dotation de 2,37 milliards d’euros qui est réservée au CPF. Depuis 2020, il s’agit d’un premier coup d’arrêt qui doit être scruté, étant donné que chaque année, les estimations initiales s’enfoncent largement.

Pour Michel Yahiel, le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts (qui gère le CPF), il s’agit d’un objectif « assez crédible ». Car si les Français semblent attirés par la formation, les dépenses doivent être contenues par des mesures, à 1 milliard environ. Comment faire ? D’abord, en élaguant de la liste des formations éligibles des prestataires ayant abusé : 10.000 sur les 25.000 présents sur le CPF ont déjà été radiés, notamment en raison d’abus. Aussi, la loi interdisant le démarchage accentue la vigilance autour du sérieux des prestataires. Sans oublier les dizaines de plaintes pour fraude qui émergent progressivement. « L’effet blast est très net », selon Michel Yahiel.

Un reste à charge pour le CPF ?

Il ne faut pas omettre non plus l’obligation pour le titulaire de passer par France Connect afin de pouvoir utiliser son crédit CPF, en vigueur depuis le 25 octobre. La difficulté de navigation serait un frein dans les dépenses, en dépit de proposer des transactions très sécurisées. « La barrière est un peu plus complexe alors forcément ça peut rebuter, même si à ce stade nous n’avons pas constaté d’effondrement », raconte au média Olivier Haquet, le directeur du centre de formation linguistique Adomlingua. Selon Claire Khecha, déléguée générale des Acteurs de la compétence, la principale fédération du secteur, le constat est plus alarmant. Elle chiffre le nombre d’achats de formation en moins entre 30 % à 40 %-.

Des chiffres que la Caisse reconnaît, mais qu’elle impute aux jours fériés qui ont suivi le 25 octobre, exhortant l’attente de semaines plus normales pour avoir une vision plus claire. « On a renforcé le blindage du véhicule alors forcément il roule moins vite. Mon pronostic c’est que cela va rentrer dans la normale », assure Michel Yahiel qui réfute que FranceConnect a été déployée à dessein de freiner le recours au CPF. « Il y a d’autres moyens pour cela », poursuit-il.

Le gouvernement pourrait notamment obliger l’usager à payer une partie de sa poche, avec un reste à charge entre 20 % et 30 % de la formation. En réduisant ces coûts, l’économie réalisée pourrait atteindre 800 millions d’euros, d’après les diverses données disponibles. S’il applaudit cette perspective, Olivier Haquet plaide pour fixer un taux significatif mais pas dissuasif.« Il faut responsabiliser sans décourager », explique-t-il, évoquant les personnes qui ne vont pas du tout à leur formation, ou qui abandonnent en cours de route. Selon la fédération des Acteurs de la compétence, si le reste à charge est appliqué, il doit se limiter à 10%, sauf pour les chômeurs ou pour les ouvriers et les employés qui ne devraient rien débourser.