Se connecter S’abonner

Les néobanques passent au vert

Le nouveau credo des banques 100 % mobile ? Réduire les émissions de CO2 liées à notre consommation en finançant des projets écolos à chaque euro dépensé. Si l’objectif est louable, les offres restent pour l’heure très succinctes.

banque carte bancaire

A l’heure où s’ouvre à Paris le Climate Finance Day, grand-messe internationale organisée depuis 2015 pour trouver des solutions financières au réchauffement climatique, plus personne ne conteste que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (empreinte carbone) est un enjeu clé pour l’économie.

Les initiatives foisonnent. Dans les transports par exemple, Air France propose, à chaque billet vendu, que le client calcule combien son vol émettra de dioxyde de carbone ou C02. Pour annuler cet impact, il pourra ensuite choisir de planter un arbre. La SNCF permet, elle, de connaître l’empreinte carbone de ses trajets. Des fondations comme Good Planet portée par Yann Arthus-Bertrand ont, elles aussi, mis en place des calculateurs carbone pour les particuliers.

La tendance touche aussi les banques. Il faut dire qu’en la matière, le secteur fait figure de mauvais élève. Un rapport de l’ONG Oxfam publié tout récemment (et contesté sur sa méthodologie par la Fédération bancaire française) révèle que les 6 plus grandes banques françaises – BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, La Banque Postale, Société Générale –  ont, du fait de leur activité de financement et d’investissement, une empreinte carbone qui représente près de 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. Rien qu’à elles deux, BNP Paribas et Société Générale émettent deux fois plus que l’ensemble du territoire français. Les clients en font les frais. Avec 25 000 euros en moyenne déposés sur les comptes courants et épargne, l’argent est le premier poste d’émissions de C02 des ménages.

Une offre bancaire simplifiée, avec une brique éco-responsable

Face à ce constat, de nouveaux acteurs ont bien compris tout l’intérêt d’investir le créneau. D’ici à la fin de l’année-début 2021, trois nouvelles néobanques – Helios, Green Got, Onlyone – ont prévu de se lancer sur le marché français. Leur point commun ? Une offre bancaire simplifiée, assortie d’une brique éco-responsable. En clair, il s’agit d’aider les clients à mieux consommer et à orienter leurs dépenses vers des projets vertueux socialement et écologiquement. Chez Onlyone, par exemple, 1 euro sera prélevé mensuellement sur les comptes des clients pour financer des programmes de lutte contre la malnutrition ou encore de reforestation (en partenariat avec Ecotree). Chez Green Got, à chaque compte ouvert, un arbre est planté. Et avec le système d’arrondi à l’euro supérieur, les sommes récoltées alimentent une cagnotte qui servira à financer des projets verts (protection de la mangrove à Bali, reforestation en Transylvanie…).

Grâce à l’appli, le client peut aussi estimer, en fonction de ses achats, quelle est son empreinte carbone. Et il est incité à préférer des fournisseurs plus responsables. Onlyone prévoit ainsi du cashback (5 à 10 %) et des promotions auprès de partenaires ciblés (Biocoop…).

La préoccupation environnementale se niche également dans le choix des matériaux utilisé pour la fabrication de la carte. Ecosia, moteur de recherche à but non lucratif, commercialisera l’année prochaine une carte gratuite 100 % en bois de cerisier, la Treecard. A chaque tranche de 50 euros (60 dollars) dépensés, Ecosia plantera un arbre dans une zone où la biodiversité est menacée, par exemple.

Que faut-il penser de ces offres ?

Premier constat : sur les services classiques (carte, retraits, virements…), ces acteurs n’apportent rien de révolutionnaire. Et pour cause, ils se calquent sur les standards imposés par N26, Revolut, Nickel… Tout se fait, en effet, via le smartphone (blocage/déblocage de la carte, notifications en temps réel…) et l’offre se résume en un compte courant associé à une carte. Rien que du basique donc. Pour l’épargne ou le crédit, il faudra attendre.

Côté tarifs, chez Helios, le forfait est à 6 euros par mois. Ce qui inclut la carte Visa (à autorisation systématique, la tenue de compte, les retraits et virements illimités en zone euro). Chez Onlyone, pour 6 euros mensuels également, plusieurs sous-comptes sont inclus en plus l’assurance médicale. Mais les retraits sont payants au-delà du deuxième (1,50 euros le retrait).

Ces prix restent plus élevés que ceux qu’on peut trouver par ailleurs pour des services identiques. La carte standard de N26, par exemple, est gratuite (avec 3 à 5 retraits en euros gratuits par mois ; pour l’illimité, il faut débourser 9,90 euros mensuels). Chez les banques traditionnelles, les offres d’entrée de gamme sont à 2 euros par mois. C’est le cas de Kapsul, de la Société Générale, mais aussi Essentiel de LCL ou Eko du Crédit Agricole. Des banques qui proposent toutes la carte et un compte courant. Helios reconnaît chercher actuellement un moyen de faire baisser le coût de son forfait.

Deuxième constat : l’argument éco-responsable a déjà été déployé par un certain nombre d’autres acteurs. Avec Green by Monabanq, la banque en ligne du groupe Crédit Mutuel permet gratuitement à ses clients d’évaluer, à partir de leur relevé bancaire, l’impact CO2 pour chaque euro dépensé. De son côté, la néobanque Bunq commercialise une offre écolo Supergreen. La carte est en métal pour réduire l’utilisation du plastique et tous les 100 euros dépensés, un arbre est planté. Le coût ? 16,99 euros par mois, avec 25 Iban différents, 3 cartes de débit, la tenue de compte, 10 retraits gratuits par mois et 5 cartes virtuelles.

Des enseignes classiques sont elles aussi engagées pour l’environnement. C’est le cas de La Nef ou encore du Crédit Coopératif. La première refuse de financer les projets liés à l’exploitation des énergies fossiles ou au nucléaire, par exemple, et publie une liste chaque année. La deuxième distribue des livrets et des fonds dont le client peut choisir l’affectation (énergies renouvelables, maîtrise de l’énergie…). Mais il est vrai qu’elles sont moins en pointe sur le digital (appli efficace et facilité de création du compte à distance).

Troisième constat : les projets en sont toujours à la phase des inscriptions. Pour Helios, il faut 10 000 inscrits au minimum pour que l’offre soit active. Pour Green Got, l’ouverture est prévue en janvier 2021 et 4 500 inscriptions ont été enregistrées. Onlyone, dont le lancement était prévu en juin dernier, compte pour l’heure plus de 3 500 inscrits. Elle devrait officiellement être opérationnelle fin novembre-début décembre, sachant que l’appli est actuellement en test.

Pour toutes ces néobanques « vertes », se posera très vite la question de la rentabilité. Onlyone vise 20 000 à 30 000 clients en 2021 et fixe à 120 000 la barre pour être rentable. Un challenge ambitieux, alors que pour le moment quasiment aucune banque en ligne (Boursorama Banque, Fortuneo…) ni aucune néobanque (N26, Nickel, Qonto…) ne gagne d’argent malgré la masse de comptes ouverts (13 millions de clients au niveau mondial pour Revolut notamment). D’après une étude de l’Autorité de contrôle des banques (ACPR) parue à l’été dernier, au lieu de générer du profit, chaque client leur coûte en moyenne près de 30 euros par an. Et, pointe l’ACPR, la quasi-totalité de leurs revenus est générée par seulement 20 % des clients.