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Crise sanitaire : quel impact sur les revenus ?

L’Observatoire des inégalités estime dans son rapport publié le 2 juin que l’impact de la crise sur les salaires et la précarité n’est pas encore quantifiable, même si les inégalités risquent de s’aggraver.

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Crédit : iStock.

L’Observatoire des inégalités a publié son quatrième rapport sur les inégalités en France le mercredi 2 juin. L’organisme a étudié les données de l’Insee correspondant à l’année 2018 et indique qu’il est encore « difficile d’estimer l’extension de la pauvreté et l’augmentation des inégalités » concernant les effets de la crise sanitaire. En effet, selon l’Observatoire, « les personnes qui ont subi des pertes de revenus dues à la baisse ou à l’arrêt de leur activité appartiennent aux catégories défavorisées, mais aussi aux classes moyennes ». Il reconnaît que les plus touchés par la crise sanitaire en termes de revenus sont les jeunes actifs qui avaient un contrat précaire et qui n’avaient pas encore droit au chômage.

Concernant les plus riches, comme ces derniers ont épargné plus l’an dernier, étant empêchés de voyager et de consommer, les auteurs du rapport se demandent s’ils mettront cet argent à contribution « pour aider ceux qui en ont le plus besoin » ou s’ils garderont cette épargne pour la transmettre à leurs descendants. Ainsi, l’Observatoire estime que les inégalités qui existaient avant la crise sanitaire vont perdurer, en termes de logement, de travail domestique et de discriminations. « Les choses ne devraient pas s’améliorer d’autant que le ralentissement économique, qui touche en particulier les classes populaires, a et aura un impact sur leurs conditions de vie », écrivent les auteurs du rapport.

1.771 euros par mois en 2018

En 2018, le niveau de vie pour une personne seule après impôts et prestations sociales était de 1.771 euros par mois. La moitié de la population touchait moins et l’autre moitié touchait plus, relève l’Observatoire. Ainsi, 5,3 millions de personnes vivaient avec moins de 885 euros par mois, revenu fixé par l’organisme comme étant le seuil de pauvreté. Les 10% des Français les plus pauvres avaient un niveau de vie égal à 715 euros par mois il y a trois ans. « Le taux de pauvreté a augmenté de 7,7% en 2009 à 8,2% en 2019 (donnée provisoire), soit une hausse de 0,5 point en dix ans, ce qui représente près de 500 000 personnes supplémentaires », écrivent les auteurs de la synthèse. Ce sont les 18-29 ans qui ont le plus connu des pertes de revenus : leur taux de pauvreté est passé de 8,2% en 2002 à 12,5% en 2018.

A l’inverse, les personnes les plus aisées touchaient en 2018 un salaire qui débute à 3.542 euros par mois, estime l’Observatoire des inégalités. Les 10% des plus riches avaient un niveau de vie moyen de 5.090 euros mensuels et ils touchaient en moyenne plus de sept fois le montant des 10% des salaires les plus bas, après impôts et prestations sociales, soit 4.375 euros de plus que les 10% des personnes les plus modestes. A savoir 3,5 Smic en plus.

Un écart de patrimoine énorme entre ouvriers et cadres retraités

De plus, les 20% des ménages les plus aisés épargnaient 28% de leurs revenus en moyenne en 2018, alors que les 20% les plus modestes n’épargnaient que 3%. 46,4% de l’ensemble du patrimoine des ménages étaient détenus par les 10% de personnes les plus fortunées. L’écart de patrimoine entre les ouvriers non qualifiés et les cadres supérieurs retraités était énorme : de 12.300 euros en moyenne (endettement réduit) à 397.000 euros, « soit 32 fois plus »« Des fortunes immenses s’accumulent au sein d’une poignée de familles : celle de Bernard Arnault, patron de LVMH, possède, par exemple, un patrimoine équivalent à la valeur de l’ensemble des logements de Toulouse », relève l’Observatoire des inégalités.