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Salaires : pas de réelle hausse prévue en 2022 pour les salariés en première ligne

Les entreprises ne devraient pas changer profondément leurs politiques salariales l’an prochain, malgré la crise sanitaire.

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Crédit : iStock.

L’inflation et la crise sanitaire n’auront pas d’influence sur les décisions salariales dans les grandes entreprises, mais plutôt sur le bien-être au travail et les avantages octroyés aux salariés. La hausse des prix attendue en 2022 est de 1,5%. Pourtant, les entreprises n’envisageraient pas une augmentation importante des salaires, selon Le Monde du 17 novembre : les hausses ne dépasseraient pas les 2% en 2022, qu’elles soient générales ou individuelles, pour les entreprises touchées par la crise. Une quinzaine de directeurs des Ressources humaines (RH) étaient réunis le 9 novembre, à l’occasion des Rencontres RH organisées par le quotidien national avec Manpower Group. Aux Galeries Lafayette, l’objectif a été plutôt « le maintien de l’emploi », selon le DRH Romain Le Bolus. Le groupe a mis en place l’activité partielle de longue durée (APLD), « au-delà de 2021 ».

« Avec les hausses du smic (au 1er octobre) et du prix de l’énergie, il y a d’énormes attentes de la population  »employés ». Des organisations syndicales nous ont demandé d’ouvrir des négociations, alors que ce n’est pas notre calendrier habituel », explique encore le directeur RH du grand magasin, qui a particulièrement souffert pendant la crise. Cependant, le DRH ne donne pas plus d’informations concernant une hausse possible des salaires de cette catégorie du personnel. « On ne sera pas, en 2022, l’entreprise qui fera du gel de salaire, malgré l’année catastrophique », a-t-il confié au Monde, affirmant que la priorité sera donnée à l’humain.

0,6% d’augmentations générales

Les négociations salariales sont terminées dans certaines entreprises, comme chez BNP Paribas. « Elles se sont conclues sur 0,6% d’augmentations générales, avec un minimum de 280 euros, et 1,5% du budget dédié aux augmentations individuelles », précise Agnès Girod, la responsable RH, chargée des rémunérations. C’est l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle qui est aussi privilégié par la banque, pour motiver ses salariés. Le télétravail pèse lourd dans les négociations.

Dans toutes les entreprises, l’individualisation des rémunérations et des « avantages sociaux » est primordiale. Dans certains métiers, comme celui des développeurs informatiques, il faut réajuster les salaires à la hausse pour éviter les départs. « On réaligne les salaires des collaborateurs en interne au fur et à mesure », précise le DRH de Quadient, Sébastien Amara. Il évoque aussi les mesures autour du télétravail : « le matériel, les tickets-restaurant, qui touchent à la fois aux conditions de travail et à la rémunération ». Les conditions de travail prennent aussi une place importante dans des sociétés telles que Safran, où « les salariés sont revenus de la pandémie avec plus d’attentes », explique Pia Hernandez, DRH chargée du développement. « Notre réponse est de donner plus d’autonomie aux sites pour qu’ils puissent développer leurs propres mesures incitatives », ajoute la DRH.

Intéressement, bilan de santé

Pour l’entreprise de formation Cegos, « l’individualisation pour tous les métiers » passe par plusieurs mesures, certaines détaillées par le DRH Christophe Le Bars. La mobilité, c’est-à-dire le déplacement à vélo, est cofinancée ; les salariés ont droit à un intéressement ; l’entreprise envisage de financer un bilan de santé (de 3.000 à 4.000 euros) ; enfin, elle pense renforcer l’abondement du compte personnel de formation (CPF). Cependant, « une des craintes en termes de cohésion sociale est qu’il y ait un élargissement de l’échelle des rémunérations entre les salariés des premières lignes, au pouvoir d’achat qui stagne, et celui de certains segments d’activité qui augmentent fortement », s’inquiète l’économiste et directeur de recherche au CNRS, Philippe Askenazy, également présent lors des rencontres RH.