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Pour le think tank Terra Nova, le pouvoir d’achat a augmenté pendant le dernier quinquennat

Le pouvoir d’achat est l’un des sujets sensibles de la campagne présidentielle. Dans une note, Terra Nova affirme qu’il a augmenté durant le dernier quinquennat, plus que pendant les deux précédents.

pouvoir d'achat
Crédit : iStock.

Au lendemain de l’interview d’Emmanuel Macron sur TF1, le think tank Terra Nova publie une note intitulée « Pouvoir d’achat et niveau de vie : le(s) bilan(s) du dernier quinquennat ». Mercredi 15 décembre, le président de la République a affirmé que « les plus riches comme les plus pauvres, tout le monde a vu son pouvoir d’achat augmenter », ce qui a suscité de nombreuses réactions, certains qualifiant de contradictoire l’étude de l’Insee et celle de l’Institut des politiques publiques(IPP). Mais pour Terra Nova, le bilan est effectivement positif. 

« Les controverses sur le bilan redistributif de l’actuelle majorité se sont concentrées, pour l’essentiel, sur le sort des 5% les plus modestes et sur celui du 1% le plus aisé, soit 6% de la population », précisent les auteurs de la note, Simon Matet, directeur de recherche au CNRS, et Thierry Pech, directeur général de Terra Nova. « Mais, pour l’immense majorité des autres catégories, le solde des mesures socio-fiscales des ‘années Macron’, conjugué avec la reprise de l’emploi et la hausse des salaires réels de la première partie du quinquennat, est positif, » poursuivent-ils, « voire très positif. » 

Pas le même sens

Pourtant, la perception des Français n’est pas celle du chef de l’Etat, ni celle du groupe de réflexion. « Pourquoi cet écart entre les chiffres et la perception ? » s’interrogent les experts de Terra Nova. En effet, les citoyens et les économistes ne raisonnent pas de la même manière quand il s’agit de parler de pouvoir d’achat. Les premiers parlent du revenu disponible brut, les seconds de « la part de leur budget librement arbitrable une fois payés non seulement leurs taxes et impôts, mais aussi leurs dépenses pré-engagées (bail locatif, remboursement d’emprunt, abonnements…) et leurs dépenses peu compressibles (alimentation, transports…) », c’est-à-dire ce qu’il leur reste une fois toutes ces dépenses faites. 

Or, les dépenses pré-engagées augmentent depuis cinquante ans. « Selon l’Insee, la part de ces dépenses est passée de 12% au seuil des années 1960 à 26% au milieu des années 1980, puis à 29% en 2019 », précise la note. Elles représentent une part plus importante pour les ménages modestes. De plus, les Français sont plus sensibles aux variations des prix des produits du quotidien, ce qui peut accroître le sentiment de perte de pouvoir d’achat. « Une augmentation conjoncturelle de quelques centimes du litre d’essence est ainsi mieux identifiée et plus durement ressentie qu’une baisse de la taxe d’habitation, quand bien même l’impact de la seconde sur le budget du ménage serait au total plus positif que celui de la première », résume Terra Nova.

Plusieurs sources

Pour étayer leur propos, les experts de Terra Nova citent en premier lieu les analyses de la direction générale du Trésor, qui parle d’une progression constante du revenu disponible brut des ménages depuis le début du quinquennat. « Après prise en compte de l’inflation, il devrait être supérieur de 8% en 2022 à son niveau de 2017 », précise le think tank. Une évolution due à la hausse des revenus d’activité (en raison d’une baisse du chômage et d’une augmentation des salaires) et aux prestations sociales. Le pouvoir d’achat a progressé grâce aux mesures prises ces cinq dernières années « pour tous les déciles de niveau de vie (…), mais singulièrement celui des plus modestes ».

« Même lorsqu’on tient compte de l’augmentation de la population (…), la progression reste marquée (entre +4 et +6%) et plus rapide que lors des deux précédents quinquennats : +4% en 2013-2017 sous François Hollande, et +3,5% en 2008-2012 sous Nicolas Sarkozy », affirme Terra Nova. Pour retrouver une progression supérieure, il faut remonter au second mandat de Jacques Chirac, lors duquel les conditions étaient particulièrement favorables.

Les experts de Terra Nova citent également les chiffres de l’IPP, précisant que le découpage de l’institut était différent de celui de la direction générale du Trésor (découpage de la population en déciles, versus découpage en centiles). Ainsi, les deux s’accordent pour dire que «l’immense majorité de nos concitoyens auront connu, depuis 2017, une hausse de leur niveau de vie, en particulier dans les centiles 5 à 37 dans le bas de la distribution, et dans les centiles 70 à 90 dans le haut de la distribution ». L’IPP ne prend pas en compte certaines données et les évolutions du niveau de vie sont moins importantes. 

« Au total, en s’appuyant sur les conclusions de l’IPP et sur celles de la DG Trésor, on peut tout à fait affirmer à la fois que les très riches ont tiré un profit monétaire plus grand que les très modestes aux mesures socio-fiscales du présent quinquennat, et que l’ensemble des Français modestes (les trois ou quatre premiers déciles) a vu son niveau de vie progresser plus vite que celui du tiers des Français les plus aisés (à l’exception du top, 1%) », conclut, sur cette partie, Terra Nova. Le think tank a aussi étudié les données de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le constat de cette institution est identique à celui de l’IPP.