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Les pistes pour trouver du cash

Dans un contexte de pouvoir d’achat malmené, financer ses projets ou simplement boucler ses fins de mois devient difficile pour nombre de Français. Diverses solutions existent. Mais leur coût peut être prohibitif et ces « béquilles financières » ne sont pas destinées à régler les problèmes de trésorerie récurrents. Nos conseils.

pouvoir d'achat
Crédit: istock.

Avec une inflation qui devrait atteindre 5,6 % en 2022, d’après la Banque de France, le gouvernement compte sur le projet de loi sur le pouvoir d’achat – en cours de discussion au moment où nous bouclions ces pages – pour redonner un peu d’air au budget des Français. Au total, l’exécutif va mettre sur la table 20 milliards d’euros. Suffisant alors que la hausse des prix affecte tous les consommateurs, qu’ils soient propriétaires ou locataires, jeunes ou retraités, célibataires ou avec enfants ? Nombre d’entre eux ont déjà pris les devants et, plutôt que de piocher dans leur épargne (quand ils en ont une), préfèrent se tourner vers le crédit à la consommation. La production de prêts personnels a ainsi augmenté de 15,8 % sur les trois derniers mois d’après l’Association française des sociétés financières à fin avril par rapport à la même période de 2021. D’autres, surtout pour de petites sommes destinées à joindre les deux bouts, sont devenus adeptes des mini-crédits octroyés quasi instantanément.

Crédit à la consommation : mieux vaut emprunter un gros montant et bien comparer les taux

Il existe plusieurs types de crédit à la consommation. Vendus sur le lieu de vente, les prêts affectés sont liés à l’achat d’un bien comme une voiture neuve ou d’occasion. Les crédits non affectés sont, quant à eux, directement souscrits par le consommateur auprès d’une banque ou d’un établissement spécialisé. Une fois la somme reçue, il est possible de l’utiliser à sa guise, sans contrôle de la banque. Dans tous les cas, le crédit à la consommation ne peut dépasser 75 000 euros. Cette activité est encadrée par différentes réglementations visant à protéger l’emprunteur contre le risque de surendettement. Comme pour les prêts immobiliers, les taux des crédits à la consommation sont sur la pente ascendante en raison de la remontée des taux d’intérêt sur les marchés financiers. L’OAT dix ans est passée de 0,1 % fin 2021 à 2 % cet été. « Le crédit à la consommation a vocation à financer un projet défini et mûrement réfléchi comme des travaux, une voiture, un voyage, etc. Il n’est pas fait pour compenser des fins de mois difficiles, au risque de ne pas bien maîtriser son endettement », rappelle Benjamin Leroy, responsable du développement commercial sur le marché des particuliers chez Société Générale. L’idéal est donc de caler son prêt sur un horizon cohérent avec la durée de vie du projet financé : un voyage devrait être remboursé plus rapidement qu’une nouvelle cuisine. « Nos taux varient à la fois en fonction de la nature du projet, du montant et de la durée. D’une façon générale, les prêts travaux, dont le montant moyen dépasse 15 000 euros sont proposés à des taux inférieurs à ceux des prêts de trésorerie inférieurs à 3 000 euros », indique François-Xavier Coyras, directeur commercial de BNP Paribas Personal Finance pour la marque Cetelem.

Dans la pratique, les prêts inférieurs à 3 000 euros sont particulièrement onéreux. En effet, le taux de l’usure, c’est-à-dire le niveau maximum auquel une banque peut octroyer un prêt à la consommation, s’établit à 21,11 % depuis le 1er juillet pour les prêts inférieurs ou égal à 3 000 euros, mais tombe à 9,87 % pour ceux entre 3 000 euros et 6 000 euros et à 4,93 % au-delà. Les établissements de crédit reproduisent le plus souvent cet effet de seuil. Mieux vaut donc généralement emprunter 3 100 euros que 2 900 euros ; ou 6 200 euros plutôt que 5 800 euros. Chez Cofidis, par exemple, le TAEG (taux annuel effectif global incluant les frais obligatoires) d’un prêt personnel sur trente-six mois s’établit à 20,77 % pour 3 000 euros empruntés et à 9,67 % pour 5 000 euros empruntés.

L’addition varie aussi sensiblement d’un établissement à l’autre dans ce marché très concurrentiel, en particulier sur les petits montants. Les taux se situent entre 2,3 et 9,8 % pour 5 000 euros sur trente-six mois, soit un écart de plus de 500 euros sur le coût total du crédit. « Au-delà de la recherche du meilleur taux, il faut surtout choisir une mensualité confortable, qui ne mettra pas en péril son budget, quitte à étaler un peu plus longtemps le remboursement », recommande Benjamin Leroy chez Société Générale. Reste à trouver le juste milieu, car allonger le nombre de mensualité renchérit le coût du crédit. Pour 15 000 euros empruntés à 4,93 %, le coût total s’établit à 1 911 euros pour un client remboursant en cinq ans et à 2 703 euros s’il rembourse en sept ans, soit près de 800 euros d’écart. Les assurances décès, perte d’autonomie et invalidité sont systématiquement poussées par les établissements mais restent facultatives. Elles sont facturées entre 2 et 4 %, soit une moyenne de 230 euros pour un emprunt de 5 000 euros sur trente-six mois. Pensez aussi à vérifier les options. « En cas de difficulté de remboursement, le client peut reporter jusqu’à trois échéances. Il peut aussi revoir le montant de ses mensualités à la hausse ou à la baisse si sa situation évolue », détaille Franck Oniga, président du directoire de La Banque Postale Consumer Finance.

A noter : depuis la loi Lagarde de 2010, le délai de rétractation s’établit à quatorze jours pour un crédit à la consommation, mais il peut être ramené à sept jours à la demande du client. Ce délai court à compter de l’acceptation de l’offre de crédit. Autrement dit, la banque ne peut pas verser les fonds avant ce délai incompressible. Les pièces justificatives demandées avant la décision d’octroyer le prêt varient d’un établissement à l’autre. Il s’agit généralement d’un justificatif d’identité et de domicile, de l’avis d’imposition ou des relevés de compte. « Nous proposons à nos clients de nous donner accès aux relevés de compte en ligne des trois à six derniers mois via notre plateforme sécurisée. Cela nous permet d’évaluer très finement leur profil de risque et donc de leur présenter un taux personnalisé », explique, de son côté, Bertrand Recordier, directeur général de Younited France, qui peut ainsi adresser une offre de prêt au client en quelques minutes. Younited commercialise des crédits amortissables dès 1 000 euros, alors que la plupart de ses concurrents mettent en avant les crédits renouvelables sur les montants inférieurs à 3 000 euros.

Le crédits renouvelable ou revolving est une enveloppe de crédit dans laquelle le client peut puiser à sa guise. « Cette solution est plus souple qu’un prêt amortissable, car une fois le crédit renouvelable octroyé, le client peut l’utiliser en fonction de ses besoins et obtenir les fonds par virement en 48 heures ou utiliser sa carte Sofinco immédiatement », précise Michaël Jaine, directeur général adjoint de Sofinco. Mais attention, les taux des crédits renouvelables sont plus élevés. Le crédit amortissable reste la solution la plus avantageuse dans l’optique du financement d’un projet précis dans un contexte de baisse de son pouvoir d’achat.

Mini-prêts : gare aux frais sur le déblocage express des fonds

Certains établissements ont développé des mini-prêts express allant de 100 à 2 000 euros, le plus souvent remboursables en trois mois. Ce délai très court leur permet d’échapper à la réglementation sur le crédit à la consommation. Dès lors, le délai de rétractation ne s’applique pas. La somme peut donc être versée immédiatement. « Ces pratiques sont dangereuses : un prêt instantané peut apparemment représenter une bouffée d’oxygène à l’instant T, mais il ne fait que reporter le problème aux mois suivants », met en garde Maxime Chipoy, le président de MoneyVox.

L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a d’ailleurs rappelé le 31 mars dernier que seules les entreprises agréées peuvent distribuer des mini-prêts, et que les frais, incluant les frais de versement immédiat, doivent respecter les limites du taux d’usure. Conséquence : sans agrément, Bling ne propose plus actuellement de prêts. Quant à Cashper, l’option Express de versement en 24 heures est désormais indisponible. De son côté, Floa Bank a intégré les frais de versement immédiat en avril dans son TAEG. Pour un prêt de 600 euros remboursé en quatre-vingt-dix jours, le TAEG ressort à 21,02 %, à comparer à un taux d’usure de 21,11 %. « Le client sait précisément quels seront ses frais pendant cette période et à quelle date il sera prélevé. Ce n’est pas le cas avec un découvert, dont les frais s’accumulent et sont moins transparents », avance Marc Lanvin, le directeur général adjoint de Floa Bank.

De son côté, FinFrog ne facture pas le versement rapide des fonds. « Le micro-crédit rend un vrai service à condition de le faire de façon responsable. Nous nous fixons donc des règles de prudence très strictes. Par exemple, un client doit avoir intégralement remboursé son prêt pour en demander un autre. En cas de deuxième demande, ce n’est pas parce qu’on a accordé un premier prêt que le client obtiendra une réponse positive pour un second quelques mois plus tard », explique Riadh Alimi, fondateur de la fintech, dont le taux d’acceptation est inférieur à 50 %.

Des mini-prêts remboursables en trois fois jusqu’à 2 000 euros sont aussi disponibles chez Boursorama Banque et LCL. La première facture des frais allant de 5 à 20 euros, soit un TAEG de 16,69 % pour 200 euros empruntés et de 6,31 % pour 2 000 euros ; le second propose à certains clients directement sur leur appli bancaire des prêts de 200 à 2 000 euros. Il est possible de cumuler jusqu’à trois crédits instantanés dans la limite de 2 000 euros. Sollicitée par nos soins, LCL n’a pas souhaité nous indiquer le TAEG correspondant à cette offre (frais compris entre 2 et 20 euros).