La gratuité des transports en Ile-de-France ? Elle profiterait à ceux qui peuvent payer

Pour lutter contre la « voiture polluante », la maire de Paris a lancé un débat sur la gratuité des transports en Ile-de-France. Une étude commandée par la région sur l’intérêt d’un tel projet vient d’être rendue publique.

Une étude sur l'intérêt de rendre gratuits les transports en ILe-de-France vient d'être rendue publique. Crédit photo : Istock

Rendre gratuits les transports en commun en Ile-de-France aurait plus d’inconvénients que d’avantages et coûterait extrêmement cher, selon un rapport commandité par Ile-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice régionale, dont les conclusions ont été rendues publiques mardi. « La gratuité, idée évidemment attractive, n’est pas en mesure de répondre aux défis qui se posent dans les transports publics, et est même de nature à les aggraver », a résumé le président du comité Jacques Rapoport, ancien président de SNCF Réseau et directeur général de La Poste.  Une telle mesure ne ferait baisser la circulation automobile que d’environ 2%, ce qui n’aurait qu’un effet minime sur la qualité de l’air. « Quel automobiliste francilien qui utilise sa voiture tous les jours le fait parce que le pass Navigo (l’abonnement, NDLR) est trop cher? Ce n’est évidemment pas ça la raison (…): c’est l’insuffisance de l’offre, c’est l’irrégularité, c’est l’inconfort », a relevé M. Rapoport.

La fréquentation des transports publics, elle, augmenterait de 6 à 10%, au détriment surtout de la marche et du vélo –« ce qui n’est évidemment pas le but recherché », a pointé le responsable.
Ces nouveaux flux auraient un impact négatif sur la qualité de service des transports collectifs franciliens, avec des effets marqués sur les réseaux de tramways et de bus, notamment en banlieue. « Sur le métro, la hausse du trafic, bien que semblant modérée (+4%), interviendrait sur des lignes déjà chargées », selon le rapport.

Aucun financement alternatif à la hauteur du sujet

La gratuité, en outre, ne serait pas une mesure d’équité sociale, puisqu’elle profiterait à ceux qui peuvent payer. « C’est en faisant payer ceux qui le peuvent que l’on peut financer des tarifs sociaux. En Ile-de-France, plus d’un million d’usagers bénéficient de tarifs réduits ou de la gratuité », a relevé M. Rapoport. Enfin, « nous n’avons identifié aucun financement alternatif qui soit à la hauteur du sujet », a-t-il reconnu. Les recettes commerciales des transports publics franciliens s’élèvent à 3,3 milliards d’euros par an (dont 2,5 milliards directement payés par les usagers), qu’il faudrait compenser. Il faudrait donc augmenter les impôts à hauteur de 500 euros par ménage et par an, a-t-il calculé. Sans parler des investissements supplémentaires pour faire face à la hausse de la fréquentation. La présidente de la région et d’Ile-de-France Mobilités (ex-Stif), Valérie Pécresse (LR), avait commandé cette étude en avril, après que la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) eut lancé le débat en évoquant la nécessité de lutter contre la « voiture polluante ».

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