Dans les Pyrénées, l’installation de parcmètres pour rendre payant l’accès à la montagne fait débat

Une récente installation d’horodateurs sur un parking près d’un haut-lieu touristique pyrénéen a relancé un débat qui agite depuis plusieurs années randonneurs, municipalités et écologistes. 

Les parcmètres, qui avaient auparavant été vandalisés par des inconnus, ont été réparés et fonctionnent. Crédit: iStock.

L’accès aux sites en montagne doit-il devenir payant? Une récente installation d’horodateurs sur un parking près d’un haut-lieu touristique pyrénéen a relancé un débat qui agite depuis plusieurs années randonneurs, municipalités et écologistes. 

Partisans de la « gratuité des espaces de liberté », une centaine de manifestants ont protesté à la mi-juin à Aragnouet (Hautes-Pyrénées) contre l’installation d’horodateurs sur une aire de stationnement menant au massif du Néouvielle, très visité notamment pour ses lacs. 

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Les parcmètres, qui avaient auparavant été vandalisés par des inconnus, ont été réparés et fonctionnent. « On entrave la liberté de circuler en montagne et de randonner tout simplement », dénonce Eric Castaings, de l’association Libres Pyrénées, à l’origine de la manifestation. Pour lui, « la montagne doit rester gratuite et accessible à tous sans entrave financière ». 

Début 2018, l’association avait obtenu le retrait d’un projet de péage, après une pétition en ligne qui avait recueilli plus de 23.000 signatures. 

La commune d’Aragnouet avait à l’époque indiqué vouloir « satisfaire aux objectifs de protection du site » et « participer à la préservation » du lieu. Aucun responsable n’a pu être joint pour commenter la nouvelle installation. « Si cela permettait de faire baisser la surfréquentation de certains lieux, ce serait bien », analyse Renaud de Bellefont, de France Nature Environnement 65. 

« Mais je ne crois pas que ce soit le cas. Pour nous, l’accès à la montagne doit rester gratuit. C’est un principe. Dans tous les cas, il serait bon que ce genre de choses se fasse dans la concertation et sans brutalité ». 

« Les voitures vont partout, si elles pouvaient monter jusqu’en haut elles iraient »

Eric Castaings dénonce un « discours illogique »: « d’une part on fait de la publicité pour les vallées pyrénéennes », avec « beaucoup de moyens pour attirer du monde. Et en même temps, quand ils sont là, on leur dit qu’ils sont trop nombreux et qu’on va leur limiter l’accès ». 

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A Cauterets (Haute-Pyrénées), le maire, Eric Aubry, défend une mesure « qui ne concerne que certains sites emblématiques ». Dans cette localité pionnière, les visiteurs doivent payer depuis 1995 pour se garer à proximité du site touristique du Pont d’Espagne, au cœur du Parc National des Pyrénées. « Vous avez des lieux où il y a de l’aménagement et des coûts d’entretien » et « il y a un moment où toute prestation se fait payer, c’est tout », relève le maire. 

Il invoque la « même logique » que pour le stationnement en ville, mais aussi la nécessité de « protéger l’environnement ». « Avant, les voitures allaient très loin dans le cœur de parc » et « il y a eu un moment où tout le monde a dit stop, on arrête. Ce n’est pas supportable ».

« Les voitures vont partout, si elles pouvaient monter jusqu’en haut elles iraient », renchérit Jean-Pierre Oustalet, son collègue de Oô (Haute-Garonne), dont le lac niché à 1.500 mètres d’altitude attire nombre de touristes l’été. 

La gratuité, une balle dans le pied ?

Dans l’immédiat, le parking reste gratuit à Oô, car « cela pourrait créer des tensions ». « Mais si ça continue comme ça, cela aura un impact sur l’environnement. Est-ce qu’on ne se tire pas une balle dans le pied? » s’interroge M. Oustalet. 

Parmi les pistes envisagées: « créer un parking plus bas et faire des navettes pour avoir moins de gazole dans les fonds de vallées ». 

Le modèle, avec des navettes payantes pour ceux ne voulant pas finir la route à pied, est appliqué depuis 20 ans au lac des Bouillouses (Pyrénées-Orientales), un site naturel classé qui attire chaque année plus de cent mille randonneurs. 

« Au début, ça avait été très mal accueilli, les locaux ont vécu ça comme une privation de liberté », raconte Christian Lacoste, qui gère l’hôtel-restaurant près du lac. « Mais sur la durée, heureusement que ça a été fait », face à la « jungle » automobile qui défigurait les abords du lac, estime-t-il. « Les bus roulent quand même au diesel. Mais aujourd’hui, le site a été valorisé. Si on avait laissé faire la pagaille avant les navettes, le gens ne seraient peut-être plus venus ». 

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